In cauda venenum

intro

Une page se tourne

Après avoir tâté de la musique assistée par ordinateur dès la fin des années 1990, j’ai commencé à diffuser mes enregistrements sur internet au début des années 2000. J’avais alors sous le coude deux albums solo et un mini-album réalisé sous le nom de Psychonada, ainsi qu’une demo de mon groupe Crème Brûlée. J’étais totalement ignorant en matière de droit d’auteur, et je n’avais pas réfléchi l’ombre d’une seconde aux problèmes posés par la diffusion, notamment sur internet. Non content d’avoir bidouillé artisanalement mon propre site (sur lequel l’hébergeur tartinait sans vergogne de visqueuses publicités), j’avais mis mes morceaux en partage sur les premiers réseaux de P2P et déposé plusieurs titres sur des sites musicaux sans même lire les Conditions Générales d’Utilisation et sans faire le moins du monde attention au caractère commercial de ces entreprises. Vitaminic, par exemple, avait sorti un de mes morceaux sur une compilation et en avait refourgué un autre aux producteurs d’une série télé diffusée sur France 2. Je ne reçus évidemment pas le moindre centime (les diffuseurs avaient déjà compris tout l’avantage qu’il y avait à payer les artistes en « visibilité », c’est-à-dire de ne pas les payer du tout). On m’avait même demandé de vendre pour 1500 francs (oui, c’était avant l’euro !) mes droits sur une musique qui devait être utilisée dans une publicité diffusée nationalement (pour une célèbre marque de skis). Curieusement, l’escroquerie m’avait plus sauté aux yeux lorsqu’on m’avait proposé une misère que lorsqu’on ne m’avait rien donné du tout. Et j’avais donc refusé, ce que j’ai obstinément continué à faire depuis.

Il était de toutes façons communément admis que pour pouvoir toucher des droits de diffusion, il fallait être à la SACEM (sinon, on pouvait toujours se brosser). Jusque là, j’avais touché en quelques rares occasions un peu d’argent liquide, le plus souvent non-déclaré, pour des prestations sur scène, mais je n’avais aucun projet de professionnalisation, d’une part parce que j’exerçais déjà une profession qui me permettait de vivre, et d’autre part parce que je ne me voyais ni percer dans l’industrie musicale ni vendre de la musique au mètre, bien convaincu au demeurant que la musique que je souhaitais faire n’aurait jamais de grande valeur marchande, du moins tant que je la réaliserais librement et sans me soucier des contraintes du marché auquel je ne me sentais pas capable de faire la moindre concession.

En participant aux discussions de la liste saceml que j’avais découverte en cherchant à en savoir plus sur la SACEM, j’acquis bientôt la conviction que celle-ci n’était pas pour moi, et je découvris paradoxalement sur cette liste consacrée à la SACEM l’existence des licences de libre diffusion et des sites de musique libre. Ceux-ci permettaient de mettre des productions à la disposition du public et d’échanger facilement avec d’autres musiciens, par exemple en réutilisant les oeuvres sous forme de reprises ou de samples. C’est ainsi que je me retrouvai sur des sites comme Archive.org ou Soundclick en 2004, puis sur Jamendo et BnFlower en 2005, sur Musique-libre.org (devenu ensuite Dogmazic) et MCP en 2006, ou encore sur La Citerne en 2007. J’y adoptai pour presque toutes mes productions la licence de diffusion Creative Commons BY-NC-SA qui comprend une clause de « paternité », une clause « non-commerciale » et une clause « virale » (« partage à l’identique ») : ainsi les utilisateurs et les mélomanes peuvent écouter, télécharger, partager, rediffuser, reprendre ou même recycler librement (et gratuitement) ma musique, à condition qu’ils n’en fassent pas d’utilisation commerciale, et que toute réutilisation soit soumise aux mêmes clauses. Les « purs » libristes ne ratent pas une occasion de dire que cette licence n’est « pas vraiment libre » à cause de la clause NC jugée par eux trop restrictive et contraire aux « quatre libertés » énoncées par Richard Stallman (équivalent des Dix Commandements de Moïse pour nos libristes barbus). Quant à moi, je leur pisse poliment à la raie et affirme que les libertés que j’accorde pour l’utilisation de ma musique sont déjà grandes, que la musique, ce n’est pas tout à fait comme un logiciel (n’en déplaise aux informaticiens mélomanes), que la liberté (très capitaliste) de faire commerce du travail d’autrui n’a pour moi rien de sacré, que dans un poulailler libre, restreindre la liberté du renard est la moindre des choses, que mon choix de la clause NC est idéologique, et qu’il ne s’agit pas du tout pour moi de faire un premier pas timoré en attendant de trouver le courage d’utiliser de « vraies » licences libres.

Mais revenons sur le mitan des années 2000 : le petit monde de la musique libre était alors en pleine ébullition. On apprenait, on cogitait, on s’empoignait sur les forums, mais aussi on collaborait entre musiciens, on s’entraidait, on s’encourageait, on se stimulait. C’est ainsi que j’ai eu le plaisir de collaborer avec Mankind Concept, Solcarlus, w[n]e, et la petite bande de MCP jusqu’en 2009, et de m’impliquer dans le projet DIY-AD(d), particulièrement en pointe dans le domaine du partage des sources, notamment par le biais de sourceml. J’ai également participé à plusieurs discussions et actions militantes autour de Dogmazic, telles le mix des pistes d’un concert des Louise Mitchels, le lancement (en vain) d’un wiki (destiné à combattre l’encadrement législatif des pratiques amateures), la participation à une compilation anti-Hadopi ou à la « dogma-clé », une tentative pour fonder une association « Musique Libre Paris » (mais qui fut accaparée par la fumeuse organisation Libre Accès fin 2008).

Les premières déceptions sont intervenues dès 2006, lorsque Jamendo a décidé de recourir au financement par la publicité. Je suis intervenu de plus en plus fréquemment pour critiquer ce pseudo-nouveau modèle : la prétendue « 3ème voie » défendue par Jamendo, qui n’était tout simplement que l’habituelle voie capitaliste repeinte aux couleurs à la mode du web 2.0. Alors qu’une première charrette de contestataires dégoutés par l’enfumage, le cynisme et la rouerie de Laurent Kratz et Sylvain Zimmer (les fondateurs de la start-up) quittait la plateforme luxembourgeoise, je continuais à argumenter contre le détournement mercantile de la musique libre (en compagnie notamment de l’ami Mankind Concept et de quelques soutiens venus de Dogmazic et MCP) contre les « bisounours » et leurs maîtres sur Jamendo, ou contre Ignazio Lo Faro sur BnFlower (autre piège à cons bien vite tombé dans l’oubli). Comprenant finalement que la critique interne était vaine, je quittais définitivement BnFlower en 2007 puis Jamendo en 2008. En 2009, je participais à l’opération « Jamendouille » pour dénoncer et contrer les turpitudes de Jamendo et de son service « Jamendo Pro » (qui consistait à se servir de la mode de la musique libre pour brader à des marchands de tapis des licences d’utilisation commerciale au rabais, faisant ainsi une concurrence déloyale aux vrais éditeurs et à la SACEM). Etrangement, notre pétition pour la défense de la musique libre contre Jamendo reçut presque plus de signatures du côté des sacemisés que du côté des libristes. Nombreux parmi ces derniers étaient en effet ceux que ne choquaient nullement les agissements de Jamendo, ou qui se contentaient de dire que « chacun fait bien ce qu’il veut », sans compter les libristes fondamentalistes qui continuaient à voir la clause NC comme une satanique entrave à la liberté, et qui n’avaient donc aucune raison de s’offusquer du fait que Jamendo ne la respectât pas. A présent, quand j’entends ou lis : « chacun voit midi à sa porte » ou « les artistes sont libres d’utiliser Jamendo ou pas », j’ai envie de brandir le couteau que je porte habituellement entre les dents. Non, les actes des uns ne sont pas sans conséquence pour les autres. Non, les problèmes soulevés par la libre diffusion et son détournement mercantile ne relèvent pas de la seule liberté individuelle : il est ici question de l’intérêt général, d’un système global de marchandisation qui aliène les individus et les broie, de rapports de force qui se situent à l’échelle des masses et qui nécessitent qu’on s’élève au-dessus de l’échelle des choix individuels. Après la contre-révolution néolibérale qui s’est opérée depuis les années 1980, le mot « individu » devrait être une insulte pour tous ceux qui ne se résignent pas à accepter l’ordre établi. Ce mot pouvait avoir un sens positif dès lors qu’il s’agissait aux XVIIIe, XIXe et XXe siècles de combattre l’absolutisme, le cléricalisme, le militarisme ou le totalitarisme. Mais au XXIe siècle, un « individu », c’est juste une forme-de-vie solitaire et impuissante, dépourvue de conscience sociale : un « Bloom » (pour reprendre l’amusante terminologie de Tiqqun).

En 2010, à l’issue de nouveaux débats houleux sur Dogmazic et sur le blog de Dana Hilliot, je décidai d’adhérer enfin à l’association « Musique Libre ! » qui est à l’origine (et aux commandes) de Dogmazic. Bien qu’ayant moi-même passablement réduit mes activités musicales, j’adhérai au collège « musiciens » (alors que cette division de l’association en collèges me paraissait déjà être une usine à gaz) et je soutins d’emblée une position qui pouvait sembler hétérodoxe : en effet, je remettais en cause le dogme de la sacro-sainte « gestion individuelle », inscrite comme objectif dans les statuts de l’association.
Mon idée était en effet que la musique libre, diffusée sous licence libre ou ouverte, n’a pas automatiquement à être gérée individuellement dès lors qu’elle génère des droits de diffusion commerciale (s’il n’y a aucune diffusion commerciale, la question ne se pose même pas : il n’y a rien à gérer !). J’avais même fini par penser que ce paradigme de la gestion individuelle était néfaste, ce que la SACEM a bien compris depuis longtemps, elle qui interdit à ses membres de brader individuellement leur musique. En effet, si diffusion commerciale il y a, l’auteur qui gère individuellement ses droits n’est pas en mesure de collecter les revenus qui devraient être générés par cette diffusion. Je suis bien convaincu que la négociation de gré à gré, même avec des modèles de contrats à l’appui, est une illusion, sauf à renoncer aux droits de diffusion et à s’en tenir à des cachets, honoraires ou primes de commande que presque plus personne n’accepte de toutes façons de verser à l’heure où tant d’individus sont prêts à bosser pour des prunes. Seul un organisme comme la SACEM a les moyens de percevoir des droits de diffusion, et, dans les faits, les diffuseurs commerciaux qui paient déjà la SACEM n’ont aucunement l’envie ni le temps de négocier des tarifs de diffusion œuvre par œuvre avec quelques individus (ils préfèrent leur chier à la gueule, mais après tout, n’est-ce pas tout ce que mérite un individu ayant renoncé à s’inscrire dans un rapport de force collectif ?). Par ailleurs, l’expérience a montré que lorsqu’une entreprise veut utiliser une musique sous licence libre ou ouverte, c’est avant tout (voire uniquement) parce qu’elle pense pouvoir le faire gratuitement ou pour moins cher qu’avec une musique appartenant au catalogue de la SACEM — Eh oui, bande d’individus ! Ce n’est pas pour la qualité de votre musique qu’on vous choisit !). De fait, la musique libre, vivier de musique au rabais, apparaît donc comme un concurrent déloyal de la SACEM et se retrouve complice de la précarisation des petits auteurs. Délibérément ou non, la musique libre devient en quelque sorte à la musique ce que l’Asie de l’Est est au textile : c’est exactement le modèle antisocial défendu par Jamendo. Et c’est, n’en déplaise à ses partisans, ce qu’induit la « gestion individuelle » des droits de diffusion commerciale (mais ça, les individus, ils s’en foutent).
C’est pourquoi je plaide depuis longtemps, et surtout depuis 2010, pour une gestion collective des droits de diffusion commerciale de la musique sous licence ouverte : libre diffusion pour tous les usages non-commerciaux (écoute, téléchargement, copie, rediffusion par les particuliers ou les organismes non-commerciaux), mais paiement de droits pour chaque diffusion commerciale (diffusion dans un commerce, illustration sonore pour films ou publicités, jingles, génériques, diffusions sur des media dégageant des revenus publicitaires…). Il faudrait que les tarifs soient au moins égaux à ceux de la SACEM et que les revenus soient collectés et répartis par un organisme représentatif des auteurs ayant choisi de se doter de règles communes : en gros, une SACEM, non pas telle qu’elle est aujourd’hui, mais telle qu’elle devrait être (moins bureaucratique, plus démocratique, plus équitable…).
Mais pourquoi ne pas passer justement par la SACEM elle-même et changer celle-ci de l’intérieur ? Ce serait le plus simple, en effet, et plus cohérent, mais pour le moment, c’est elle qui ne veut pas : elle n’a que faire de petits auteurs qui n’ont le plus souvent que très peu de diffusions commerciales (si ce n’est aucune), et elle ne reconnaît pas la différence entre « diffusion commerciale » et « diffusion non-commerciale ». Elle ne fait la distinction qu’entre « diffusion publique » et « diffusion privée », et n’est prête à tolérer des diffusions gratuites qu’à titre « promotionnel » (donc dans un but commercial). Ainsi, l’internaute qui télécharge sans rien payer à la SACEM un morceau de son catalogue, ou qui le partage sur un réseau, est accusé de piratage, même s’il n’en retire aucun profit. Il y a évidemment bien d’autres critiques qui sont adressées depuis longtemps à la SACEM (à propos du salaire de ses dirigeants, notamment), mais il serait trop long de les détailler ici. Disons seulement que si la SACEM ne veut pas des auteurs de musique libre (à moins qu’ils ne renoncent totalement à la libre diffusion), ceux-ci, jusqu’ici, le lui ont bien bien rendu : ils ne veulent pas se plier au diktat d’une société monopolistique qui traite les mélomanes comme des criminels et ne considère la musique que comme une marchandise.

Pourtant, en 2010, des discussions ont eu lieu entre certains représentants des cultures libres et la SACEM. Mais l’association « Musique Libre ! » n’a pas pu ou pas voulu défendre la cause d’une compatibilité entre la gestion collective de la SACEM et la libre diffusion sous clause non-commerciale. Je n’ai pas réussi à faire valoir ce point de vue au sein de l’association, qui a du coup laissé le champ libre à des organisations contestables comme « Creative Commons France » ou « Libre Accès » pour discuter avec la SACEM. Je suis pourtant convaincu que la gestion collective des droits de diffusion commerciale est la seule solution pour faire émerger grâce aux licences de libre diffusion un espace culturel participatif et non-marchand sans nuire pour autant aux travailleurs de l’industrie musicale. Encore faudrait-il militer obstinément pour cela, et un an plus tard, je suis bien obligé de constater que nous sommes bien peu nombreux à le vouloir. Depuis que sam a renoncé à défendre cette cause au sein de l’association « Musique Libre ! », je me sens un peu comme le dernier des Mohicans. Histoire de mener un dernier baroud d’honneur, j’ai tenté de relancer le débat durant l’été 2011. En vain. Je ne sais si les membres de « Musique Libre ! » restent farouchement opposés à l’idée de gestion collective ou si l’association n’est plus en fait qu’une coquille vide : je n’ai même pas réussi à déclencher un vote sur cette question ! Les fondateurs et la plupart des membres historiques de l’association sont restés muets, à l’exception notable d’Aisyk, qui semble être un des derniers piliers (élu au CA) à s’investir encore dans ce genre de débat.

Il est donc temps que je tire ma révérence. Depuis le grand mouvement social de 2010 (contre la contre-réforme des retraites) bien boudé par les participants au forum de Dogmazic, j’ai compris que le monde de la musique libre n’était pas prêt à s’engager dans l’action collective. En caricaturant, on pourrait dire qu’il était naïf de ma part d’attendre d’artistes geeks bercés depuis les années 80 par les chants insidieux des sirènes néolibérales qu’ils soient autre chose que des individus. Mon vieux fond communiste libertaire ne supporte plus ces tendances libertariennes et les attitudes dépressives de beaucoup de ces « Bloom » qui sont revenus de tout sans être allés nulle part.
Je ne me reconnais pas dans ce monde-là, et j’y étais apparemment trop isolé pour l’orienter vers une voie plus collectiviste. J’aurai essayé. En vain.
Une page se tourne donc pour moi. Ce n’est pas pour autant la fin de mon activité musicale, même si celle-ci est nettement moins prolifique que par le passé : un album solo est en cours de finition, que je diffuserai comme mes autres productions sous licence Creative Commons BY-NC-SA version 2.0 (j’ai les plus grandes réserves vis-à-vis de la fondation Creative Commons, mais cette licence correspond bien à mes voeux et a le mérite d’être connue). Je reste aussi ouvert aux éventuelles collaborations. J’utiliserai sans doute encore la plateforme Dogmazic, qui a le mérite d’exister, même si je n’adhère plus à l’association « Musique Libre ! » à laquelle je souhaite malgré tout longue vie.
Ironie du sort : de membre d’un collectif individualiste, me voici redevenu, dans le champ musical du moins, simple individu collectiviste.
Je me désengage d’un monde de la musique libre dont l’individualisme me semble devenu objectivement antisocial, mais je ne renie pas pour autant l’éthique et les pratiques non-capitalistes que j’avais cru déceler au début dans la musique libre, et je continuerai autant que possible à promouvoir cette conception dans mon engagement politique et dans ma pratique musicale.

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Retraite et résistance

Le groupe Crème Brûlée a pris sa retraite (aux flambeaux) en 2010. Il fallait bien donner l’exemple.

A présent, c’est dans la rue que cela se passe, entre grèves, manifestations et blocages, que les media godillots minimisent sans vergogne.

Contre le pouvoir national-sarkozyste qui s’obstine à rogner les acquis sociaux malgré la colère grandissante du peuple, toutes les formes d’action, même illégales, sont nécessaires. Ce gouvernement antisocial et xénophobe prétend sauver le système français des retraites avec une « réforme » (ou plutôt une contre-réforme) qui ne vise en réalité qu’à favoriser les intérêts de Guillaume Sarkozy, frère du petit teigneux et délégué général du groupe Malakoff Médéric (dont la spécialité est la retraite complémentaire privée). Prétendre sauver les retraites par répartition pour mieux mettre en place la capitalisation, il fallait oser. Mais « n’importe quel mensonge, à force d’être répété, finit par être cru », comme disait Goebbels.

Pour contrer cette ignominie, nous entamons à compter de ce jour une grève illimitée des décès qui risque, elle, de vider réellement les caisses de l’Etat. Refusons de mourir tant que le gouvernement n’aura pas renoncé à imposer au pays cette loi réactionnaire. Vieillards cacochymes, continuez à toucher vos pensions ad vitam aeternam, refusez de calancher ! « Plutôt vieux que morts ! »

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Crème Brûlée à Paris

La tournée mondiale 2009 de Crème Brûlée, après Caen, La Courneuve, et Lille, passe enfin par Paris. Le groupe jouera en effet en première partie de SiSu samedi 14 novembre à bord de la péniche El Alamein, quai François Mauriac, au pied de la grande Bibilothèque.

Pour l’occasion, Benoît, une vieille connaissance, remplacera Jérôme (le bassiste) au pied levé, ou plutôt au doigt levé.

Entrée 8 euros.

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Fiction libre

Un peu de fiction, histoire de rigoler :

2012. Concomitamment à la cuisante défaite de Nicolas Sarkozy aux élections présidentielles, la SACEM décide d’accepter la compatibilité avec les licences ouvertes comportant une clause NC (« non commercial »). On attend (avec quelque inquiétude côté SACEM) une ruée d’artistes venus du libre candidats à l’inscription : coûts supplémentaires pour la « vieille dame », pour peu de gains en perspective…
Mais en fait, très peu de ces nouveaux « artistes professionnels » peuvent vraiment justifier de diffusions commerciales antérieures et donc être en mesure d’adhérer à la SACEM. En revanche, de nombreux sociétaires de la SACEM s’empressent à l’inverse de libérer leurs droits pour les diffusions non commerciales. Ce sont souvent des artistes aux revenus modestes qui estiment n’avoir rien à perdre à laisser les particuliers écouter et télécharger leurs oeuvres. Certains même songent à utiliser la libre diffusion pour se faire connaître. D’autres voient tout simplement un certain avantage éthique à libérer des échanges jusque là illégaux sur lesquels ils ne percevaient de toutes façons aucun revenu. La loi Hadopi, qui n’avait jamais pu être  appliquée, est aussitôt abrogée.

2013. Alors que le parti social-traître qui avait gagné les élections l’année précédente vient de s’auto- dissoudre et que fleurissent dans tout le pays des comités populaires d’autogestion, de gros sociétaires de la SACEM libèrent à leur tour les diffusions non commerciales. « Pure posture », « pitoyable buzz », rugissent maints artistes indépendants, mais l’effet de mode se propage néanmoins. Après Didier Barbelivien, qui a tenté ainsi (mais trop tard) de se remettre au goût du jour, c’est Carla Bruni, la nouvelle épouse du président Mélanchon (lequel assure l’intérim en attendant la suppression imminente de la fonction présidentielle) qui passe à son tour en gestion mixte (sans que cela relance véritablement une carrière musicale depuis longtemps en berne).
Effet collatéral de la mise en place de la gestion mixte (individuelle et collective) des droits d’auteur, les artistes ayant antérieurement diffusé leurs oeuvres via des entreprises commerciales telles Jamendo affluent à la SACEM. Les dirigeants de Jamendo SA, qui s’apprêtaient à revendre leurs parts à Bouygues, perdent ainsi la possibilité de vendre des licences commerciales au rabais. En tant qu’entreprise commerciale, Jamendo ne peut même plus diffuser le catalogue libre qui lui servait de produit d’appel sans risquer d’avoir à payer la SACEM, qui se montre soudain plus regardante. Le cours de l’action de l’entreprise luxembourgeoise chute.

2015. Laurent Kratz et Sylvain Zimmer demandent en vain l’asile politique aux îles Caïman. Un tribunal populaire présidé par Denis Robert dans les anciens locaux de Clearstream les condamne à travailler gratuitement comme roadies pour des groupes punks luxembourgeois.

2018. La fédération des assemblées populaires régionales chargée de l’abolition du salariat et des échanges mercantiles instaure le revenu universel de vie. Les oeuvres musicales sont déclarées « biens culturels non-marchands ». La SACEM n’est plus chargée que de percevoir les droits de diffusion dans les régions n’ayant pas encore opéré leur transition post-capitaliste.

2025. Le processus révolutionnaire se poursuit mais s’essouffle, faute d’ennemis. Dans chaque secteur d’activité, d’anciens capitalistes sont chargés officiellement de saboter les libertés et l’auto-gestion afin de redéclencher ou d’entretenir de saines dynamiques de lutte. Laurent kratz et Sylvain Zimmer sont amnistiés et sont élevés au rang de « camarades traîtres ». Ils se voient confier la mission de saboter la libre diffusion de musique. Les vétérans de la musique libre sont contraints d’organiser la défense.

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Pétition contre Jamendo

En moins d’une semaine, une soixantaine de personnes ont déjà signé la pétition contre les abus et impostures de la société luxembourgeoise Jamendo S.A. qui, sous couvert de faire la promotion de la musique libre, s’emploie à exploiter la naïveté et la crédulité des artistes à son profit et à celui du fond d’investissement Mangrove Capital Partners, parfois au mépris du droit des auteurs.

Première bonne nouvelle : les signataires sont aussi bien des représentants de la musique libre que des auteurs inscrits à la SACEM ou de simples citoyens. Preuve qu’il est possible de faire bouger les lignes de clivage artificielles entre catégories d’artistes ( « amateurs » contre « professionnels », par exemple) et que différents acteurs de la culture peuvent s’unir contre les abus du mercantilisme cynique.

Deuxième bonne nouvelle : la société Jamendo S.A. a d’ores et déjà modifié depuis la mise en ligne de la pétition les bannières promotionnelles qui assimilaient frauduleusement la musique libre à de la musique « libre de droits ». Elle s’est engagée également à supprimer les boutons « acquérir une licence d’utilisation commerciale » qui laissaient croire à tort que toute la musique diffusée sur Jamendo pouvait être achetée. Preuve que la mobilisation collective, même à petite échelle, peut troubler le jeu.

Plus d’infos sont disponibles sur le blog de la pétition.

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